jeu, 18/08/2016 - 22:02
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Liens
[1] http://refra.fr/portail/node/814#comment-4150
[2] http://refra.fr/portail/node/814
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[4] http://refra.fr/portail/node/814#comment-4101
[5] http://refra.fr/portail/comment/4102#comment-4102
Mine de rien c'est très difficile de composer dans un genre dont on n'a pas l'habitude.
Et niveau inspiration c'est plutôt délicat.
Il faut peut-être aller au "coeur" de la notion de bug.
Et encore, je parle du coeur du bug...
Pourquoi ne pas aborder le "bug" du coeur.
Avec ce que ça comporte comme métaphore.
En sachant que le "coeur" c'est effectivement ce que nous connaissons comme une pulsation régulière qui dans ce cas doit manifestement dysfonctionner.
Utiliser "core" dans un mot, ça renvoie souvent à la notion de "concept" dans ce que ça a de plus central, fondamental, dépouillé des fioritures.
On place le mot "core" à la suite d'une idée, pour signifier quelque chose d'essentiel et de radical à la fois quant à cette idée.
Si l'on en revient à la notion de bug, ça nous renvoie à la notion de dysfonction, et d'erreur, de ratage dans l'exécution, de manqué.
L'acte musical devient alors un acte "fondamentalement raté".
Qui dans une mise en abime artistique post-moderne notable, évoque et célèbre firèrement les "fondements du ratage".
Ratage rythmique, ratage harmonique, ratage expressif.
Aussi, le terme bug ne peut pas s'abstraire d'une allusion au ratage d'un processus communicatiuonnel et relationnel "trop" informatisé et en cela inhumain.
Dans un monde parfaitement traductible en langage mathématique et en algorythmes : le bug surgit comme l'irréductible mystère, incommunicable, qui dépasse et échappe à sa propre traduction en langage mathématique : la nécessaire incompréhension, l'échec qu'on ne peut saisir que de façon rétraoactive, et même, l'humilité nécessaire dans la connaissance que nous avons d'un monde qui nous surprend à ne pas se montrer tel que nous l'attendions.
On ne peut donc pas penser le bugcore sans penser artistiquement à la "valeur positive" d'un bug au sein d'un monde pensé de façon trop mécaniste et trop contrôlé.
J. Cage a expérimenté le hasard, via la randomisation des lignes mélodiques, pour assumer la présence du chaos jusque dans l'ordre du monde ; ce faisant il a voulu introduire la notion d'irréductible incertitude mélodique au sein de son modèle de composition.
L'irréductible incertitude du monde a d'ailleurs été introduite magistralement via les développements du siècle dernier en physique quantique, qui démontre qu'au niveau des particules constituantes de l'atome, ces particules se propagent suivant des ondes de probabilités. La position dans l'espace et le temps des choses au coeur de la matière n'est plus du domaine de la certitude, mais de l'incertitude. Une particule est "probablement" ici et/ou là et reste dans cette état d'incertitude hors de toute interaction observante. Jusqu'à ce qu'une observation vienne rétroactivement la fixer à une et une seule place. Gros séïsme dans la matière la plus "solide".
Le bugcore exprime et ré-actualise ce genre d'approche radicale en élevenant le niveau de frustration et de questionnement au delà.
Il ne s'agirait plus de composer quelque chose qui utilise l'informatique pour destructurer la structure trop maîtrisée pour être digne de ce qu'il faut exprimer.
Il s'agirait aujourd'hui de composer quelque chose qui démontre que l'informatique dont nous nous servons pour l'acte artistique, "marche mal", et ce, pour une raison que nous n'avions pas anticipée.
On est dans une forme de désidéalisation du futur, dans une vision où des unités de traitement vendues en masse au supermarché, sont capables d'égaler techniquement les performances d'un super-ordinateur des années 1970, mais sont concrètement conçues dans la précipitation commerciale, l'urgence d'un assemblage low cost, truffées de programmes ou de jeux lourds, branlants, mal optimisés, qui crashent. On est dans un monde où le progrès technologique n'est pas allé de pair avec la fiabilité du produit, et où l'utilisateur acheteur est un béta-testeur, où tout doit être patché rétroactivement car rien n'est au point au jour j.
Les ordis se sont saturés de programmes culturels ou logiciels téléchargés qui bouchent l'espace disque, dans une sorte de pulsion consumériste traduite en clic de téléchargement. Il en résulte une espèce de "culture thrash" où se succèdent sur le même écran d'ordi, du lolcat, du pron, du gif animé, de l'insolite, du moche, du bigarré, du bandeau de pub chiant partout, de l'adware, du piraté, du hacké, du programme mal installé, ou mal désinstallé, installé sur des unités centrales truffées de composants à obsolescence plus ou moins programmée, qu'on remplace plus ou moins bien.
Imaginez travailler, et produire un album là-dessus, sur un "outil trash", une poubelle informatique pas encore recyclée, qui marche mal.
D'ailleurs le bugcore vient comme réponse miroir de la culture underground à une certaine réalité dans le monde mainstream de l'industrie musicale, où, l'artiste promu est devenu un produit contrôlé jusqu'à la moelle, formaté, packagé, où l'acte artistique même subversif, est maîtrisé de A à Z, fonction des attentes supposés d'un "marché cible" déterminé, quantifié, et qui doit être pret pour le prime time, selon le calendrier défini. L'urgence commerciale produit plus d'artistes, plus de produits, plus d'albums, et la quantité de produits lisses et hypermaitrisés qui suivent des stratégies "zéro-risque", est proportionnellement inverse à l'intérêt et à la portée des produits qui sortent.
Le bug, limite nécessaire au minimum syndical en terme de contrainte s'exerçant sur la volonté créatrice elle-même ?
En tout cas, je vous le dis, faire du "bugcore" sur Renoise, le DAW le plus fiable du marché, ::: on va en chier !
L'Administrateur